La face cachée d'Edinburgh
Par Pauline Wolff, pingouin urbaniste, jeudi 25 janvier 2007 { Thème - Forme urbaine } | 2 commentaires
La ville écossaise est pleine de mystères et de légendes. Elle est d'ailleurs largement exploitée pour ses histoires de fantômes, tant pour attirer les touristes que les cinéastes ou les écrivains qui participent à garder vivante cette atmosphère particulière. La forme et l'aspect de la ville d'Edinburgh influencent beaucoup cette image : la vieille ville, perchée sur un éperon rocheux et séparée de la New Town par la gare et le grand jardin East Princes Street Garden, est en pierre grise épaisse, les rues sont parfois très sinueuses, recouvertes de pavés, elle est construite sur différents niveaux et de nombreux commerces ou pubs à enseignes "celticisées" ont exploité des caves à voûtes pour s'implanter. Enveloppez le tout d'une lumière rasante et dorée typiquement nordique de fin d'après-midi, et voilà un décors idéal pour réver des temps passés.

Outre ses qualités esthétiques, la ville est un très bon terrain d'étude pour qui s'intéresse à la forme urbaine, son évolution et sa planification, qui feront probablement l'objet d'un futur billet. Mais ce ne sont pas les caractéristiques de la nouvelle ville qui m'intéressent ici.
Il existe, et ce n'est que récemment que cette partie de la ville a été redécouverte et montrée au public, une sorte de "ville intérieure", un "underground Edinburgh'' dont on ne se doute pas, créé par l'empilement progressif des bâtiments contre ce qui était à l'origine un pont et qui est aujourd'hui pris pour une rue. La toponymie en témoigne : cette rue s'appelle toujours South Bridge Street, continuité de North Bridge qui est effectivement un pont qui relie la vieille et la nouvelle ville (voilà un plan pour mieux vous repérer). Si on en croit l'explication historique trouvée sur ce site de ce qu'on nomme aujourd'hui Edinburg's vaults, les différents niveaux de circulation de la vieille ville ont inspiré la construction d'une voie pensée comme un pont, passant par-dessus certaines rues de la partie basse de la ville, donc constituée de voûtes. Pression démographique oblige, certaines voûtes qui ne servaient pas à enjamber des rues ont progressivement été fermées à la vue par la construction d'immeubles venus s'implanter juste devant, mais sans les combler. Restait donc un réseau de "pièces" interne au pont, littéralement sous une rue de la vieille ville haute et entre des immeubles de la vieille ville basse. Voici une coupe qui illustre ce que j'explique.

Ces "pièces" ont rapidement été utilisées comme logement par les plus pauvres, mais on peut imaginer les conditions d'hygiène, sans fenêtre, dans de la pierre humide. Elles ont été redécouvertes et ouvertes au public assez récemment. J'en ai fait la visite il y a 2 ans, et c'est assez impressionnant de "rentrer dans un mur" (c'est comme ça que ça se passe !) et de se retrouver dans une galerie noire et humide qui garde encore des traces de ceux qui l'ont habitée il y a 200 ans, tout en étant au niveau de la rue ! Pour comprendre, allez voir cette série de photos prise par un touriste, ça donne une bonne idée de l'atmosphère... Des visites sont organisées, ça vaut vraiment le détour. C'est incroyable de pouvoir rentrer à l'intérieur d'une ville.





