Au pingouin urbaniste
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Cul-de-sac, l'impasse de la voiture en milieu urbain

Deux professeurs de l'Université de Montréal sont à l'origine de ce petit ouvrage édité au Québec chez Héliotrope mais, je l'espère, diffusé plus largement. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu'il s'agit d'un chercheur en éthique (Martin Blanchard) et d'un professeur de philosophie (Christian Nadeau) qui abordent un problème trop souvent traité exclusivement par des urbanistes, des géographes, des architectes ou autres professions qui s'intéressent à l'espace. Il est temps que la question de l'utilisation INTENSIVE (je souligne intensive pour ne pas me mettre immédiatement à dos les défenseurs du droit à l'automobile) et INDIVIDUELLE de l'automobile ne soit pas qu'uniquement abordé sous un angle pratique (à travers l'aménagement de l'espace), mais également sous un angle plus éthique et philosophique, justement. C'est pour cette raison d'ailleurs que le premier chapitre n'a pas beaucoup attiré mon attention (un état des lieux, des chiffres, etc... j'en ai vu assez sur ce sujet !), ce sont vraiment les suivants qui témoignent d'un nouveau regard sur la question.

Pour faire simple : ce livre m'a fait réaliser plusieurs choses importantes qui sont des arguments chocs dans le débat du pour/contre la voiture (je réduis largement, mais souvent c'est dans ces termes que ça finit). Il est évident que ce débat n'a pas lieu d'être. Il ne s'agit pas d'être "pour" ou "contre" l'automobile. Il s'agit de faire la part des choses et de comparer les effets pervers de son utilisation à outrance avec les avantages du déplacement motorisé individuel qu'elle permet. Et c'est ce que fait Cul-de-sac à merveille, en poussant le débat plus loin que "c'est mauvais pour l'environnement, c'est mauvais pour la santé, etc...". En fait ce petit livre ne nous démontre rien de moins que l'utilisation de l'automobile individuelle est un préjudice moral à la société. Voilà donc ce qui m'a fait réfléchir (européens, mettez-vous en situation américaine du Nord, le contexte reste différent concernant l'intensité du phénomène) :

  • Si la propriété d'une voiture est PRIVÉE, son usage reste PUBLIC et malheureusement ses effets sont COLLECTIFS... il est donc évident que c'est à l'échelle collective qu'il faut résoudre le problème :

"(...) Il importe de remarquer que, même si la voiture est de propriété privée, les dommages causés pénalisent la société entière. (...) Ainsi si intervenir contre la prolifération de la voiture peut sembler une atteinte au domaine privé, on doit toujours se souvenir qu'aucune personne, sauf à de rares exceptions près, ne possède à elle seule un ensemble de routes et de rues et encore moins l'espace urbain sillonné par les automobiles. (...)" (page 53)

  • Les formes urbaines et les divisions des fonctions que nous produisons encore aujourd'hui nourrissent un cercle vicieux : plus on aménage des espaces qui encouragent un déséquilibre modal favorable à l'utilisation intensive de l'automobile, plus on doit l'utiliser, et donc plus on en produit, etc... Par exemple dans certaines banlieues dans lesquelles on ne trouve même pas de trottoirs... même si on est VEUT aller quelque part à pieds, c'est impossible (d'ailleurs... où est-ce qu'on irait ??!)... ou même si on VEUT essayer de mettre en place du transport collectif, c'est trop cher et trop compliqué. On comprend donc que la dépendance à l'automobile est grassement nourrie dans certains cas.

"(...) Tant et aussi longtemps que les autres modes de transport ne seront pas compétitifs par rapport à la voiture, il est loin d'être clair que posséder une voiture soit vraiment un choix. (...)" (page 60)

Et je pourrais continuer sur la notion de compensation des externalités (l'internalisation des externalités), par exemple, qui est très intéressante. Mais voilà, je ne veux pas non plus tout révéler... je vous laisse le lire !

pouet

 
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Commentaires
1.   fabien  ›  lundi 21 avril 2008 à 21:00

Heureux de te lire à nouveau !
Sans aller jusqu'à interner mes externalités (je n'ai pas l'ombre d'une idée de ce que ça peut bien signifier), une des choses qui me navrent dans ces histoires d'automobile, c'est l'espace qu'elles nous bouffent. L'espace qu'elles occupent, même si certains les trouvent belles. Et l'espace qu'on leur réserve. On pourrait croire que l'espace public est important en ville, mais en réalité on ne devrait pas considérer les rues comme publiques. C'est juste un espace privé qui change constamment de propriétaire. Mets-y pas les pieds sans avoir payé ton droit d'entrée ou tu te fais écraser.
Est-ce vraiment un propos extrémiste ?

 
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