Par Pauline Wolff, pingouin urbaniste, vendredi 13 avril 2007 à 13:21 | - Mais c'est bien sûr ! | #23 | rss
Plus je lis, plus j'observe, plus je constate qu'on se focalise souvent, en urbanisme, en écologie, en informatique et dans d'autres domaines, uniquement sur le résultat d'une action plutôt que sur la démarche et le processus qui y mènent. Il est bien sûr plaisant, pour moi la première, de concentrer son énergie sur une image finale, et de se dire que tous les moyens sont bons pour arriver à la concrétiser. Or quelle est la valeur d'une vision si elle n'est ancrée à rien, quelle évolution dans la pensée et les pratiques permet-elle ? Je ne parle pas ici de justifications, mais bien d'attachement autant au "pourquoi" et qu'au "comment" d'une action. Si l'urbanisme, et d'autres domaines, prétendent participer à la construction d'une communauté, d'une identité, ce n'est pas parce que cette construction est illustrée par une production matérielle que la plus importante trace qu'elle laisse l'est forcément aussi. La démarche est bien plus importante, et on a déjà vu que si beaucoup d'efforts sont mis sur le processus (la participation des citoyens, par exemple) il y a plus de chance qu'un projet soit une réussite.
Pour illustrer mon propos dans le domaine qui m'est cher, une petite citation de la regrettée Jane Jacobs qui m'a incité à écrire ce billet (Death and Life of Great American Cities, 1962) :
"Il est souvent commode de dénoncer l'automobile comme la grande responsable de tous les maux dont souffrent les villes, ainsi que des déceptions provoquées par un urbanisme inefficace. Mais, en fait, les effets destructeurs de l'automobile sont surtout symptomatiques de notre incapacité à construire la ville. Bien sûr, les urbanistes, y compris les constructeurs d'autoroutes qui disposent de sommes fabuleuses et de pouvoirs immenses, sont bien en peine de concilier l'automobile et la ville : ils ne savent que faire de l'automobile dans la grande ville parce que, de toutes façons, ils ne savent pas concevoir de villes au service de l'homme - avec ou sans automobiles -."
La question est comment concevoir la ville, comment la faire évoluer et s'adapter à ses réalités, et non comment "supprimer l'automobile"... parce que ça revient à travailler dans un but tellement précis, et relativement déconnecté de la réalité quand exprimé aussi radicalement, qu'on en oublie que c'est sur le processus qu'il faut se focaliser, pour permettre une évolution et une intégration intelligente.
Et histoire de faire un petit lien (rapide et facile, j'en suis consciente) avec le modernisme, LA photo de "la fin du modernisme", la démolition en 1972 de Pruitt Igoe grand ensemble de Chicago. (Source de la photo Wikipedia)






(...) MERCI d'avoir tenu compte de ma petite remarque!
Je t'avoue ne pas très bien comprendre en quoi supprimer la voiture de la ville n'est pas un but légitime en soi. On pourrait au moins se dire que c'est un critère pertinent d'évaluation des projets (pour un contre-exemple, la rénovation du boulevard Saint-Laurent où rien n'est fait pour marginaliser l'automobile).
Plus ou moins sur la même thématique (la voiture, pas la fin vs. les moyens), un débat entendu sur France Culture intitulé 'Paris roule-t-il ?' :
www.radiofrance.fr/chaine...
Et sinon, euh, l'autre blog, il est fermé ?
Tu me sembleas avoir mis le doigt sur quelque chose d'essentiel.
Dommage que ce blog est pris fin.
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